FLASHBACK : Jeudi 29 avril 1999.
"J’ai la belle vie. Je me lève avec "La vie de Palace" de Brigitte Fontaine à la radio en pensant que dans quelques jours, ma gueule sera publiée dans Technikart pour accompagner un dossier sur la mondanité et les dandies. (y'a aussi un article dans Elle sur
les 100 choses les plus snobs de Paris dont mon tampon ... cool.)
Qui-suis-je ? A cette question aussi basic qu’un caleçon de Calvin Klein, un slogan : "Je suis un jeune homme contemporain."
Qu’est ce que je fais ? RIEN.
A la différence de mes petits camarades artistes qui s’accablent avec la matière et la logistique, je ne produis rien de tangible, pas d’installation, pas de photo, pas de vidéo que je pourrais exposer dans une quelconque galerie (du 13 ème par exemple...), non non ce serait trop long et difficile. J’ai choisi le plus simple, le plus zen : je ne fais absolument rien... MAIS TOUT LE MONDE LE SAIT.
Je brasse du vent. Yves (un autre Klein ) c’était le gaz. Voilà, je fais de ma vie une oeuvre d’art mais comme je suis bien obligé de laisser une trace, j’ai opté pour le plus économique et le moins astreignant : un tampon «Approved by Alibi-art». Coût : 113 frs. J’approuve tout ce qui me plait comme les flyers, les livres et même les gens (people et anonymes).
Ne rien produire demande une énergie incroyable. Certains mettent dix longues années à "percer", moi j’aurais mis à peine une année avec un simple tampon. Quand on tend vers un objectif - le mien, c’est le mix entre le Glam et l’Ordinaire - il y a une forte chance de l’atteindre et même si cela doit entrainer le pire, sa tronche dans un mensuel branché par exemple.
Je branche mon portable Nokia - celui qui ressemble à un briquet - tape mon code - j’ai choisi ma dâte d’anniversaire parce que voyez-vous le portable c’est VITAL - bois un café, allume mon minitel pour lire mes mails. - je n’ai pas d’abonnement à Internet et je tape ce journal sur un vieux PC 386X déconnecté- Je suis « précaire et branché » et ne vise que l’overground.
Mais qu’est-ce que l’overground ? Un concept. J’ai samplé ce mot d’une pochette de cd, une compilation du Queen « Overground dub classics » mixée par Charles Schillings et depuis l’Overground est une rumeur qui court. Un buzz qui pourrait bien rendre obsolète l’underground. Rien que çà. Je ne vais pas vous expliquer l’overground, téléphonez à Ben Sabat, journaliste à Tech’. Il est le premier journaliste à avoir ré-employé ce terme. La deuxième, c’est Virginie Maillard, journaliste spécialiste du japonais branché, la maitresse de Patrick Williams. (Prenez des notes, ça peut servir : si vous voulez "percer" : faut connaitre tout le monde et toutes les ramifications.) Virginie a posé avec moi pour la photo de Tech’ avec mon tee-shirt : «Approved by Alibi-Art». On voit son superbe piercing au nombril et sa montre Spoon au poignet. Bien que je fasse de la pub pout tout le monde, mon compte est à découvert et je ne peux pas retirer le moindre billet. D’une certaine manière, je suis réduit à écrire ce journal - à travailler quoi - sinon je serais déjà, à Bastille au Café des Anges ou au Pause Café ou encore au Cannibale, à feuilleter des revues comme Crash, Citizen K, Technikart et Jalouse.
Ce matin, coincé dans mon appartement donnant sur le MK2 du quai de la Seine, je parcours les articles d’« Interventions » de Michel Houellbecq. « Nous avançons toujours dans le blanc ». Sans aucun doûte, nous sommes voués au transparent, à l’insignifiance, au vide et ce journal, je le voudrais transparent.
Je suis nerveux. Demain, j’organise avec Pierre-Arnaux Jonard et Simon Madelaine une partouze mais je n’aime pas ce mot, c’est vulgaire. La première de ma vie et l’art est mon alibi pour « pénétrer » le réseau des TOOZS. Le téléphone sonne. C’est Eric Simon, mon ami qui pose aussi sur la photo dans Tech’. Il a une tronche à la Pacadis. On prend rendez-vous au Café des Anges dans une heure. Jean-Charles de Castelbajac ouvre son Concept-store, rue Madame. C’est Ramdane qui organise l’évènement. J’espère qu’il y aura du champagne avec le gratin..."